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    LE  MOT DU PRÉSIDENT

     

    Rénovation de la droite ou restauration nationale ?

     

    Après la victoire « ni droite, ni gauche » du candidat Macron, et la déculottée des grands partis de gouvernement, à quoi pense la gauche et à quoi pense la droite ? A rénover la gauche et à rénover la droite, pardi ! D’où les manœuvres et les recompositions en cours, comme si les Français qui ont voté, ou qui se sont abstenus (plus du quart du corps électoral au second tour de la présidentielle et plus de la moitié aux élections législatives), n’avaient pas fait entendre le souhait de nouvelles aspirations politiques. Autrement dit : quel nouveau thermomètre choisir pour faire baisser la température ? Car de remise en cause du système politico-idéologique qui a mené la France où elle en est actuellement, il n’en est pas question. Le plus dur KO électoral ne constitue pas un électrochoc assez puissant pour libérer la pensée partisane des addictions démocratiques.

    Un livre serait nécessaire pour énumérer et analyser toutes les opérations "reconquête" aujourd’hui mises en œuvre. Il en est de classiques comme, à droite, la tentative Wauquiez de refaire de la vieille UMP, rebaptisée LR une machine à gagner, ou chez Marine Le Pen l’ambition de faire un nouveau Front. Mais il en est de plus originales. Elles prennent la forme de sites internet, de revues ou de mouvements variés. Une des plus fondées en raison est le mouvement dextrogyre. Son nom bizarre est un néologisme calqué sur une expression utilisée par le critique littéraire Albert Thibaudet dans l’entre-deux-guerres, lequel était aussi un analyste politique. Lui parlait de mouvement sinistrogyre pour qualifier le glissement toujours plus à gauche de la vie politique française depuis le XIXe siècle. Aujourd’hui le politologue Guillaume Bernard estime que ce sont les idées de droite qui ont le vent en poupe. Du moins dans cette droite qu’il qualifie de classique par opposition à une droite dite moderne. Pour lui, le clivage entre les deux réside dans la conception des corps sociaux, familles, régions, nation : pour la droite classique ils sont l’expression d’un ordre naturel ; pour la droite moderne, ce sont des constructions nées de la volonté. Ce nouveau clivage est présent selon lui dans tous les partis, du Centre au Front National inclus, et pourrait provoquer une heureuse recomposition du spectre politique, tenant compte des enjeux idéologiques profonds qu’il exprime. Une droite classique qui parviendrait à un regroupement selon ses valeurs serait dans l’espace politique une nouvelle offre vouée à des succès électoraux.

    Si une telle formation apparaissait et remportait les succès escomptés, on ne pourrait que s’en réjouir en effet. Mais cette droite classique organisée en machine électorale aurait-elle des chances d’y arriver alors qu’elle serait très logiquement et très violemment mise en procès d’illégitimité démocratique ? Nos grands principes basés sur l’individualisme exigent, en effet, que la primauté soit accordée aux volontés majoritairement exprimées, non à la référence à un ordre naturel. Etre démocrate, c’est admettre la nécessaire conformité de la loi civile à la majorité exprimée, et non la conformité de la loi civile à ce qu'on appelle un ordre naturel ou à une loi morale. L’individualisme démocratique ne saurait pactiser avec l’affirmation d’un ordre cosmologique des choses. Dans ce contexte, la droite classique risque fort de ne connaître qu’un piètre avenir politicien.

    Ainsi, en n’envisageant aucun autre cadre à l’action politique que les valeurs républicaines et la voie électorale, le mouvement dextrogyre est confronté à un dilemme sans issue : ou bien hurler avec tous les tenants du système qu’en dehors de l’idéologie et des pratiques républicaines il n’y a point de salut, et dans ces conditions ne plus pouvoir défendre les points non négociables. Soit constater : point de salut à cause de l’idéologie et des pratiques républicaines négatrices des corps sociaux naturels, et compromettre son avenir électoraliste. Persévérer dans ces conditions ne peut relever que de la foi en la démocratie républicaine. Y croire, quand même ! Ce fut la ligne de cette « droite qui n’arrive jamais », dont parlait le professeur Adeline. Pendant ce temps la gauche se renforce toujours davantage et la droite dite moderne se gauchise.


    Revenons pour terminer à Albert Thibaudet pour dire que le glissement à gauche qu’il constatait, n’était pas d’abord redevable à la conjoncture ou à l’habileté manœuvrière des hommes de gauche. Il est consubstantiel à la pratique démocratique. En d’autres termes : la gauche est, en République, chez elle tandis que la droite ne peut y être que locataire. La gauche ne peut que s’y sentir bien et la droite mal à l’aise. A moins de renoncer peu à peu à elle-même, ce qui est toute son histoire. Comme le disait Léon Daudet des libéraux par rapport aux révolutionnaires, elle est condamnée à des reculs et à des concessions à perpétuité. Dans ces conditions, l’attitude la plus réaliste n’est-elle pas de chercher à rassembler tous ceux qui pourraient constituer cette droite classique autour d’un projet politique lui-même centré sur une réflexion de fond sur les institutions ? Car il est plus important de chercher à restaurer la France qu’à vouloir rénover ce qui a toujours échoué.  ■

    Bernard Pascaud